2011 – 2012
un lundi par mois à 19h30
La plus belle chose dont nous puissions faire l’expérience est le mystère - la source de tout vrai art et de toute vraie science, disait Albert Einstein.
Contre toute attente, nombreux sont les rapports entre science et théâtre. Tous deux sont des manières d’être au monde, de se placer dans notre rapport à lui.
Ainsi, avec ces deux pratiques, nous approfondissons et nous repensons constamment le récit de nos origines, la complexité de nos corps, du vivant et de la nature. Tout au long de l’histoire, science et théâtre n’ont pas existé en parallèle, mais se sont croisés, ont flirté ensemble, se sont renvoyé l’image de nos avancées et de nos questionnements.
Durant ce Collège du Théâtre « Théâtre et Science », nous n’imaginerons pas la science seulement comme source d’inspiration thématique du théâtre, dans ses textes donc, mais bien comme influence profonde sur l’espace, les relations, les interactions, les techniques de jeu, bref au sein-même de l’acte de création.
Tout au long de ces 7 rencontres, nous interrogerons les rapports qu’entre¬tiennent de grands scientifiques et épistémologues avec le théâtre, en ayant pris soin de choisir différentes disciplines de la science : physique, médecine, biologie, mathématiques… et en s’arrêtant le temps de 3 tables rondes sur les expériences de metteurs en scène qui ont « pris la science à bras le corps » pour mener à bien leurs recherches.
Collège du théâtre
Au Centre national du Théâtre
134 rue Legendre – 75017 Paris
Métro La Fourche, ligne 13
Entrée libre sur réservation téléphonique : 01 44 61 84 85
En partenariat avec
Partenariat média : revue Mouvement
• Séance d’ouverture -
Lundi 10 octobre : La science en scène avec Jean-Marc Lévy-Leblond
Entretien avec Jacques Baillon, directeur du CnT
Si nous désirons aborder aux rives de la science et plus particulièrement de la physique, si nous avons la volonté de ne pas tout réduire à des opinions et des a priori, nous avons besoin de passeurs : Jean-Marc Lévy-Leblond est de ceux-là.
L’idée d’une réunification oecuménique, des grandes retrouvailles de l’art et de la science, me paraît relever d’une nostalgie naïve ... a dit ce «critique de sciences», comme il aime se considérer, se plaisant à chahuter leurs frontières. Lors de cette séance d’ouverture, Jean-Marc Lévy-Leblond discutera les condi¬tions d’une rencontre entre théâtre et science réussie : se situer au-delà de l’utilisation des technologies modernes, qui ne sont qu’une des relations pos¬sibles entre les deux domaines. Ne pas faire de rapprochements trop hâtifs (par exemple : « dans les deux domaines, il s’agit de création »), ni sans tenir compte des pratiques spécifiques et différentes du scientifique et de l’artiste. Ne pas s’exploiter mutuellement (la science voulant se faire « belle » et le théâtre « mo-derne »). Bref, avoir une approche modeste et sérieuse.
Jean-Marc Lévy-Leblond : Physicien, épistémologue, essayiste, professeur émérite de l’Université de Nice. Il a fondé et dirige la revue Alliage (culture, science, technique), dirige la collection Science ouverte au Seuil. Ses deux derniers ouvrages : A quoi sert la science ?, Bayard, 2008 et La science (n’)e(s) t (pas) l’art, Hermann, 2010
• Lundi 14 novembre : Hasard de situation et mathématiques
avec Nicole El Karoui et Mathieu Bertholet
Débat animé par Gwénola David, critique dramatique
Afin d’aborder les mathématiques dans le Collège, nous recevrons Nicole El Karoui, mathématicienne, et Mathieu Bertholet, auteur. Cette célèbre mathé¬maticienne a été médiatisée au moment de la chute des marchés boursiers de 2008, car elle a formé un grand nombre de Traders recrutés à prix d’or dans les salles de marché du monde entier : elle est la fondatrice et la coresponsable du Master 2 «Probabilités & Finance» de l’université Pierre-et-Marie-Curie et de l’Ecole polytechnique.
Elle reviendra avec Mathieu Bertholet sur leur rencontre lors de binôme #2, une expérience « Théâtre et Science » initiée par Universcience et La Cie les sens des mots, dont le CnT est coproducteur.
Rencontre organisée à l’occasion des dates parisiennes de binôme #2 (du 17 au 20 novembre 2011 à la Cité des sciences et de l’industrie et du 23 au 27 novembre 2011 au Palais de la découverte).
Nicole El Karoui, mathématicienne
Passionnée par la modélisation du hasard, et plus spécialement par celui des phénomènes en mouvement, elle est Professeur dans différents établissements dont l’Université du Mans, l’ens Fontenay, l’Université Pierre et Marie Curie, et l’École Polytechnique. À la fin des années 1980, elle découvre l’univers de la banque et l’utilisation que les marchés nouvellement déréglementés font des outils du calcul stochastique. Elle crée alors le master « Probabilité et Finance », à Paris 6 - École polytechnique, qui a très largement contribué à la renommée internationale des « quants français » dans les salles de marché. Nicole El Ka¬roui est considérée comme l’un des principaux précurseurs du développement international des mathématiques financières.
Mathieu Bertholet, auteur dramatique
De Berlin (où il a étudié l’Écriture de Scène à l’Académie des Beaux-Arts) au Grütli de Genève, en passant par Los Angeles, Mathieu Bertholet est un jeune dramaturge suisse qui puise dans l’histoire, les mythes antiques, les mytholo¬gies du jour, le cinéma et l’architecture, la matière de pièces dans lesquelles le questionnement sur le monde contemporain importe autant que le renou¬vellement des formes théâtrales. Il a écrit Geneva.lounging, On est toujours la salope de quelqu’un, Sand, Supporter les visites, Rien qu’un acteur, Heroes, Sainte Kümmernis, CSH# 1, Shadow houses, Farben (qui a obtenu l’Aide à la Création dramatique du CnT en 2009)…
• Lundi 5 décembre : Les technologies du vivant en question
avec Jean-François Peyret et Alain Prochiantz, à l’occasion de la créa¬tion de Ex vivo/In vitro au Théâtre national de la Colline, à Paris
Jean-François Peyret et Alain Prochiantz entretiennent un compagnonnage « Théâtre et science » depuis de nombreuses années. Ils créent cette année Ex vivo/In vitro. Ce sera l’occasion de revenir sur leur collaboration et sur leurs apports mutuels. Et bien sûr de questionner leurs regards sur l’actualité des technologies du vivant.
À propos de Ex vivo/In vitro : Qu’est-ce qu’engendrer, être engendré ? Les nouvelles méthodes de procréation relancent les questions qui n’ont jamais lâché l’humanité. Après Tournant autour de Galilée et Les Variations Darwin, Jean-François Peyret et Alain Prochiantz continuent de croiser avec ludisme et humour l’imaginaire du théâtre et celui de la science, et reprennent la question “naître ou ne pas naître”, là où ils l’avaient laissée. Cherchant un écho actuel au conflit qui opposa Galilée à l’Église, ce n’est plus sur le terrain de l’astronomie qu’ils le trouvent, mais sur celui des technologies du vivant. Les positions pa¬raissent inconciliables entre un discours religieux qui pose la vie comme un don, et celui d’une pratique scientifique et technique qui considère le vivant comme manipulable.
Ex Vivo – In Vitro au Théâtre national de la Colline, du 17 novembre 2011 au 17 décembre 2011.
Alain Prochiantz est chercheur en neurobiologie et professeur au Collège de France où il dirige le Centre Interdisciplinaire de Recherche en Biologie. En dehors de ces travaux de recherche, Alain Prochiantz est l’auteur de plusieurs ouvrages destinés à un public plus large, dont Machine-esprit, (Odile Jacob 2001), Géométries du vivant, (Fayard, 2008,)… Il a édité Darwin : 200 ans, (Odile Jacob, coll. « Collège de France » 2010)
Jean-François Peyret est metteur en scène, auteur, traducteur et universitaire. Il fonde en 1995 la Compagnie tf2. Il frotte le théâtre avec d’autres matériaux que ceux qui sont traditionnellement les siens et ne cesse de s’interroger sur la place du vivant dans le théâtre. Il a écrit et mis en scène récemment : Re : Walden, Tournant autour de Galilée (avec Alain Prochiantz), Le Cas de Sophie K., Les variations Darwin (avec Alain Prochiantz), Des chimères en automne, La génisse et le pythagoricien…
• Lundi 16 janvier : Analogie et représentation, une conférence de Françoise Balibar
« Question : Comment se fait-il que le mot « représentation » puisse signifier, en français du moins, à la fois l’action de donner une pièce de théâtre en spectacle, devant un public et, dans le registre de la langue scientifique, une « image » (Bild en allemand) d’un processus, de la « réalité » ? Je voudrais mettre à l’épreuve l’idée que cette homonymie repose sur l’existence d’un mode de connaissance particulier à l’oeuvre (bien qu’on en parle peu) dans la pensée dite scientifique et (de façon un peu plus documentée) dans le registre de la poésie (au sens large incluant le théâtre) ; je veux parler de la connaissance par analogie.
L’analogie apparaît comme une tentative pour prendre en compte de ce que, dans un certain contexte, on a appelé « la multiplicité de l’être », une tentative pour échapper à l’étroitesse de la représentation univoque par identité et dif¬férence que fournit la déduction -- sans pour autant réduire la représentation du monde à une juxtaposition équivoque d’énoncés sans rapport entre eux. L’accent mis sur l’existence de « rapports entre rapports » permet d’introduire un moyen terme entre deux notions antithétiques, tout aussi stériles l’une que l’autre : l’univocité (dont rien ne peut sortir puisque tout est déjà dit) et l’équivo¬cité (qui interdit de dire quoi que ce soit). Le maître mot est ici celui d’équiva¬lence, venant se substituer au concept plus pauvre d’égalité, entourant chaque concept d’un « halo d’analogies » (René Thom), d’où rayonnent plusieurs exten¬sions possibles du savoir.
Bien que ne connaissant que peu de choses au théâtre, je voudrais avancer la thèse que le même dispositif analogique est au fondement de la représentation théâtrale où un texte écrit par un auteur est présenté selon les indications d’un metteur en scène et « joué » par des acteurs, les uns et les autres fabriquant ce halo d’analogies entourant les mots du texte. Par rapport à sa lecture solitaire et muette, la représentation de la pièce face au public ajoute au texte, ce que l’on pourrait appeler ici aussi un halo d’analogies, halo qui n’est ni aléatoire ni incohérent, structuré qu’il est par les rapports qu’installe le texte.
La science pourrait également relever de cette forme de pensée, la pensée analogique. » Françoise Balibar
Françoise Balibar : physicienne et philosophe, historienne des sciences, pro¬fesseur émérite de physique à l’Université Paris Diderot, elle a publié de nom¬breux ouvrages sur Einstein, et a été responsable, au CNRS, de l’Edition Seuil CNRS de 6 volumes d’oeuvres choisies d’Einstein en français.
Elle est notamment l’auteur de Qu’est-ce que la matière ?, (Avec R. Lehoucq et JM Levy-Leblond), éditions Le Pommier, 2005 et a établi une édition de plu¬sieurs textes d’Einstein : Albert Einstein. Physique, philosophie, politique, Seuil, 2002.
• Lundi 6 février : Théâtre et nouvelles technologies (1ère partie): corps, images et langages.
Avec Serge Tisseron,
Entretien avec Jacques Baillon
« Les technologies numériques modifient notre relation au corps, aux images, au réel, à l’espace, au temps et au jeu. Le paradoxe de l’avatar (cette créature de pixels qui agit et interagit à ma place dans les jeux vidéo) reformule le para¬doxe sur le comédien de Diderot : comment jouer à être un autre que soi si on se confond avec lui ? En même temps, les espaces virtuels nous habituent à l’existence d’images métissées, ni tout à fait vraies, ni tout à fait fausses. Et si le numérique permettait de sortir enfin de l’opposition entre « ou bien, ou bien » (tel le fameux « être ou ne pas être ») pour nous permettre d’envisager la coexis¬tence des contraires : « à la fois, à la fois » ? ». Serge Tisseron
Serge Tisseron : Psychiatre et psychanalyste, docteur en psychologie HDR (Université Paris Ouest Nanterre), Serge Tisseron a publié de nombreux ou¬vrages dont le fameux Tintin chez le psychanalyste, 1985, Aubier, Qui a peur des jeux vidéo ?, 2008, Albin Michel. Faut-il interdire les écrans aux enfants ?, avec Bernard Stiegler, 2009, (Mordicus) et plus récemment, L’Empathie, au coeur du jeu social, 2010, (Albin Michel).
• Lundi 19 mars : Théâtre et nouvelles technologies (2ème partie) : les nouveaux enjeux de la représentation
Avec Antoine Conjard, Agnès de Cayeux, Jérôme Delormas et Patrick Guf¬flet, (autres invités à définir ultérieurement).
Conscients des récentes mutations technologiques, et de la redéfinition inces¬sante des champs artistiques qu’elles imposent, un certain nombre de lieux ont souhaité consacrer tout ou partie de leur programmation à la rencontre « théâtre / sciences et technologies ». Ces lieux ont ainsi mis en place des laboratoires qui permettent aux artistes et aux scientifiques de se croiser et de s’inspirer mutuel¬lement. Ces laboratoires prennent des formes diverses : aide à la production, résidences de création, prix, festival, partenariat avec des centres de recherche scientifique … Nous ferons le point sur ces expériences avec quelques-uns de leurs initiateurs.
Antoine Conjard, directeur de l’Hexagone, Scène nationale de Meylan et initia¬teur de l’Atelier Arts-Sciences
Agnès de Cayeux – pour x réseau, au Théâtre Paris Villette (sous réserve)
Jérôme Delormas, directeur de La Gaîté Lyrique
Patrick Gufflet, directeur du Théâtre Paris Villette.
• Lundi 2 avril : Cette étoffe sur laquelle naissent les rêves
avec Jean Claude Ameisen
« Nous sommes des nébuleuses vivantes, composées de dizaines de milliers de milliards de cellules dont chacune possède, à tout moment, la capacité de dé¬clencher son autodestruction. Et nous sommes, chaque jour, pour partie en train de mourir et pour partie en train de renaître. De nous déconstruire et de nous réinventer. Jean Claude Ameisen nous parlera de ces relations étranges entre la vie et la mort, de cette présence ancienne de l’absence au coeur du vivant. A partir d’un dialogue engagé depuis près de dix ans avec Claude Régy, il évo¬quera les résonnances entre ces notions et des interrogations liées au théâtre, à ses oeuvres et au jeu des acteurs – entre « être » et « ne pas être », présence et absence, rêve et réalité, fidélité et abandon, répétition et recréation, à chaque fois, sous une forme toujours nouvelle. » Jean-Claude Ameisen
Jean Claude Ameisen est médecin et chercheur, professeur d’immunologie à l’université Paris Diderot. Ses recherches depuis plus de vingt ans concernent le rôle de la mort cellulaire programmée dans le développement des maladies, et l’origine de ces phénomènes d’autodestruction au cours de l’évolution du vivant. Engagé dans la réflexion éthique, il est président du Comité d’éthique de l’Inserm, membre du Conseil d’orientation de l’Agence de la Biomédecine, et membre du Comité Consultatif National d’Ethique. Impliqué dans le développe¬ment des relations entre science, culture et société, il est membre du Conseil scientifique du Collège international de philosophie et du Directoire du Centre d’Etudes du Vivant. Il est l’auteur notamment de La Sculpture du vivant. Le suicide cellulaire ou la mort créatrice, Seuil ; Dans la Lumière et les Ombres. Darwin et le bouleversement du monde, Fayard/Seuil ; Quand l’art rencontre la science, avec Yvan Brohard (La Martinière) ; Les couleurs de l’oubli, avec François Arnold (l’Atelier) ; et de l’émission de radio Sur les épaules de Darwin (France Inter).
Rencontre en partenariat avec les Editions du Seuil.






